Frover Theme

Nos ressources

Dossiers éducatifs (en cours de construction)

LES TROUBLES PSYCHIQUES CHEZ LES JEUNES
 
 
La souffrance psychique se présente chez les jeunes enfants et les adolescents de façon hétéroclite : crise de colère ou rage de la petite enfance, l’irritabilité, l’hyperactivité anxieuse, l’opposition extrême, les troubles de conduite, les fluctuations brutales entre des états de haut (hausse d’énergie, surexcitation) et des états de bas (baisse d’énergie, léthargie), des états mixtes de dépression irritable, l’impulsivité, recherche de sensations fortes, conduites à risque, sensorialité excessive, distractibilité, trouble de l’attention, anxiété sociale, attaques de panique, trouble obsessionnel-compulsif (TOC)...

L’ensemble de ces manifestations émergent dans le temps en étroite dépendance avec le développement du cerveau et les stades de développement neurobiologique de la vie psychique, à savoir l’humeur.  Elles sont interreliées et présentent des caractéristiques les rendant différentes dans leur présentation clinique de celles se présentant à l’âge adulte. Mais, comme c’est le cas pour les adultes, les troubles anxieux, le TOC, les troubles cognitifs sont les expressions des perturbations neurobiologiques de l’humeur en tant que fondement même de la vie psychique : baisse d’énergie, hyperactivité, exaltation, surexcitation ou baisse d’énergie, hypoactivité, léthargie, tristesse; évolution cyclique d’un état d’humeur à l’autre (habituellement plus rapide chez l’enfant), états mixtes (dépression, tension nerveuse, agitation mentale, irritabilité). 

En résumé, la « dépression » et la « bipolarité » sont des phénomènes cliniques que l’on retrouve à l’époque juvénile du développement neurobiologique de l’individu. Si la majorité des cliniciens pensent que la bipolarité, dichotomie manie-excitation/dépression-léthargie inhérente à la vie psychique, ne peut se manifester avant l’âge de 16 ans, c’est qu’elle se base sur des critères diagnostiques qui ne sont pas à la mesure de la réalité clinique empirique observée.  En plus de ne pas avoir de validité scientifique ces critères reposent sur une conception théorique qui est contre-intuitive.
 
 
 
1) Affirmations erronées à renverser
 
  • Le trouble bipolaire n’existe pas chez l’enfant et l’adolescent : cette affirmation repose sur une classification nosologique non fondée sur le plan scientifique.  La soutenir comme étant une vérité absolue est un dogme.  Ce dogme est une nuisance qu’il faut rejeter avec fermeté car i) il comporte une dangerosité énorme pour la santé des jeunes: celle de nier la réalité des conduites suicidaires chez les jeunes, les conduites à risque, les conduites d’auto-sabotage, les conduites d’addiction autodestructrices générant toutes une vie de misère et d’échecs; ii) des retards diagnostiques comportant des risques de morbidité grave et de mortalité par suicide; iii) une aggravation de la bipolarité non reconnue par l’utilisation d’antidépresseurs dans le traitement de l’anxiété ou de la dépression (utilisation sans thymorégulateur) ou du TOC (résistance au traitement avec ISRS), aggravation de la bipolarité par utilisation seule de psychostimulant pour le trouble du déficit de l’attention, surtout avec le facteur « opposition ».
  • Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, les troubles anxieux, le trouble obsessionnel-compulsif, les troubles alimentaires, les addictions constituent autant d’entités physiopathologiques distinctes ou séparées les unes des autres : il s’agit d’une affirmation reposant sur des présupposés métaphysiques non élucidés dont les résultantes sont la dichotomie sujet/objet, soma/psyché, cognitif/affectif; elle ne permet pas de développer des modélisations des observations factuelles en clinique (praxis)  et d’appliquer une démarche scientifique rigoureuse, ce qui limite énormément le progrès des connaissances.
  • Le trouble bipolaire de l'enfant et de l'adolescent est mal connu et sous-diagnostiqué. Les études dans le domaine montrent qu'il y a des prodromes justifiant que l'on mette en place des interventions précoces: suicidalité, abus de toxiques, symptômes psychotiques, antécédents familiaux significatifs.  «L'irritabilité, l'impulsivité, l'hyperactivité, l'intolérance à la frustration et les troubles du sommeil figurent parmi les prodromes les plus fréquents ».cf. https://www.revmed.ch/RMS/2007/RMS-113/32068 .

 

2) Dépistage systématique des indices de bipolarité, de l’hypersensibilité et de la cyclothymie.
 


« Les critères diagnostique du DSM et de la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé ne sont pas appropriés pour la bipolarité adulte et le sont encore moins pour la bipolarité juvénile (BPJ) » E. Hantouche, La cyclothymie, Paris 2012, 2ème édition, p61. La cyclothymie est l'oeuvre de référence pour se familiariser avec la bipolarité juvénile. Les informations ci-dessous sont basées sur les connaissances qui y sont clairement exposées concernant la cyclothymie.
  • La présence des hauts et des bas est le signe le plus caractéristique mais en même temps le moins évident si l’on ne fait pas attention à la haute vélocité de ces changements.  Ils sont en effet brusques et courts et passent inaperçus s’ils ne sont pas pris en considération dans leur marche de type circulaire avec alternance rapide entre un état de haut et un état de bas : alternance entre fatigue et hyperactivité motrice, pensée confuse et pensée créatrice, rêvasseries ou introversion et désinhibition sociale ou extraversion, insomnie et hypersomnie.
  • La prédisposition à la colère ou l’irritabilité extrême s’observe habituellement chez un jeune atteint de BPJ. Les crises de rage, reflétant un état d’humeur ou de fatigue, et les crises de colère (plus intentionnelles) répondant à un mécontentement au sujet de quelque chose de plus ou moins banales sont intenses.  Elles ne peuvent être feintes et elles peuvent être à l’origine de comportements de violence physique ou verbale inconvenants et déroutants pour l’entourage.  La prédisposition aux accès de rage sont plus fréquemment observées au cours de la petite enfance.  Elles font place à l’irritabilité avec l’avancement en âge.
  • L’impulsivité et le jugement médiocre est un indice important de la perte de contrôle du jeune par rapport à la poussée d’une tension interne (pulsion).  Agissant sans contrôle suffisant de la volonté, il commet des gestes de nature délictuels (vol, vandalisme, conduite à risque, abus d’alcool ou de stimulants) et le jugement social, c’est-à-dire l’appréciation des conséquences de ses gestes sur son entourage est altérée.  Cette impulsivité se manifestant au cœur de l’hypomanie peut entraîner à la longue un dérapage vers la délinquance et les conduites antisociales menant à des errances diagnostiques, d’où l’importance de bien la repérer comme un indice important de la bipolarité juvénile.
  • Les conduites à risque et attirance pour les conduites à risque constituent des indices évoquant une cyclothymie. Céder à des pulsions involontaires pour des actes scandaleux ou des interdits; agir sous l’effet de la provocation ou de la compétition. Cette attirance pour les conduites à risque ou les scandales s’accompagnant d’un ressenti anxieux est typique de la cyclothymie.
  • L’hyperactivité anxieuse et les conduites sauvages sont aussi des signes évocateurs de la cyclothymie. Avec l’hypersensibilité, une forte anxiété de séparation caractérise les premières années de la cyclothymie. L’anxiété de séparation qui est un phénomène normal et incontournable dans le développement est vraiment exagérée et s’exprime avec force de la part de l’enfant comme s’il avait déjà vécu le départ des parents comme une expérience traumatique à ne pas revivre absolument.  Sans le vouloir, les parents renforcent cette anxiété en voulant rassurer l’enfant.  Dans le quotidien, cela se traduit par des troubles du sommeil, une difficulté à se mettre au lit seul, l’heure du coucher étant perçu comme un danger potentiel renforçant l’évitement et les attitudes anxieuses s’exprimant par des comportements phobiques ou l’anxiété sociale (timidité).  Vers l’adolescence, l’anxiété prenant plus de puissance (tension nerveuse interne) s’exprimera davantage sous formes d’attaques de panique ou de TOC.
  • Les troubles de l’attention et la distractibilité.La grande majorité des jeunes souffrant de bipolarité juvénile ou cyclothymie ont des problèmes de distractibilité et des difficultés à amorcer une activité et à la terminer.  Ce qui permet de distinguer cliniquement le trouble du déficit de l’attention sans dominance de trouble de l’affectivité versus le déficit de l’attention chez le jeune souffrant de bipolarité juvénile c’est le mode évolutif du déficit des capacité d’attention et de concentration en fonction des phases dépressives alternant avec les phases d’hypomanie. Soit que, dans ses phases plus dépressives, l’enfant soit plus ralenti, perdu dans ses rêves ou fonctionnant au ralenti, soit que, dans ses phases d’excitation maniaque, l’enfant soit pris de court par la rapidité de ses pensées et soit facilement distrait.  De même l’hyperactivité est plutôt constante, sorte de papillonage persistant, dans le TDAH sans dominance de trouble de l’affectivité; elle est variable et plus associée à un but précis dans les phases d’excitation et d’euphorie du jeune cyclothymique.  Comme me le disait lors de mon passage au centre des troubles anxieux et de l’humeur de Paris (CTAH, Paris) le Dr. Élie Hantouche, « un jeune TDAH qui est attachant a fort probablement un trouble de l’humeur ».
  •  Comportements combatifs et autocentrés extrêmes.  Les jeunes souffrant de bipolarité manifestent une tendance marquée à l’argumentation extrême ainsi qu’une forte combativité à défendre leurs opinions, parfois même à l’encontre de leurs propres intérêts.  Leurs attitudes et comportements sont ainsi dits « autocentrés » comme s’ils étaient incapables d’aborder une situation à partir de la perspective des autres. L’irritabilité souvent présente chez eux amplifie cette combativité qui les rend parfois indésirables socialement.
  • Mauvais sommeil et hypovigilance matinale. Les cycles veille/sommeil sont régulièrement décalés chez les jeunes souffrant de bipolarité de l’humeur.  Phénomène physiologique normal chez l’adolescence, ce décalage se retrouve aussi chez les plus jeunes cyclothymiques : exaltation, excitation motrice à des heures tardives de la journée mais difficultés régulières à se lever le matin avec une faible vigilance pour la première partie de la journée.
  • Pensées morbides. Les pensées morbides telles que des fantasmes de faire du mal aux autres, d’avoir du mal à se contrôler, des pensées de mort ou de suicide sont des phénomènes fréquemment rencontrés chez les jeunes bipolaires.  Elles peuvent prendre l’allure d’obsessions lorsqu’elles deviennent récurrentes : obsessions de mort ou craintes obsessive de commettre un acte répréhensible, source de catastrophe imaginée ou dangereux; des rituels comportementaux ou mentaux peuvent alors prendre la place. La pensée de suicide devient très inquiétante lorsqu’elle accompagne une phase dépressive profonde où le jeune se retrouve dans une incapacité de se projeter vers des possibilités d’être qu’il ne voit plus au fond.
  • Comportements tyranniques. On constate généralement chez les jeunes bipolaires des conduites d’opposition systématique à l’autorité morale des parents et une tendance à imposer leurs caprices et volonté; ce qui sur le plan affectif s’accompagne de crise de rage ou de pleurs poussant les parents sur le qui-vive.
  • Hallucinations et autres manifestations psychotiques.  Il est plus fréquent de voir chez ces jeunes des phénomènes d’hallucinations et même de pensées persécutrices fixes ou de nature délirante. Si ces phénomènes entraînent rarement un passage à l’acte, ils provoquent chez le jeune un malaise ou tension interne sous forme de honte ou de crainte pouvant l’amener à des rituels obsessionnels.
  • Hyperactivité sexuelle précoce. Les jeunes souffrant de bipolarité cyclothymique ont un éveil plus précoce de leur sexualité par rapport aux enfants du même âge.  Cet éveil précoce se fait sentir surtout dans des phases d’excitation hypomaniaques : intérêt augmenté, promiscuité recherchée, drague, harcèlement, masturbation.
  • Sensorialité excessive. On retrouve régulièrement chez les jeunes bipolaires une sensibilité excessive aux bruits, aux odeurs, à la lumière ou aux couleurs. Cette sensibilité excessive peut s’accompagner de crises de migraine.  « Plus de 80% des BP-II souffrent de migraine et certains thymorégulateurs, anti-convulsivants sont efficace dans le traitement de fond de la migraine ». P.76
  • Phases dépressives. Les changements d’humeur chez les jeunes bipolaires sont généralement à haute fréquence avec des changements brutaux pouvant se produire à l’intérieur même d’ne journée. Les épisodes dépressifs sont récurrents et de courte durée; c’est la récurrence qui nous permet de comprendre la lourdeur et la gravité de la dépression bipolaire chez le jeune.  La tonalité caractéristique de l’épisode dépressif est davantage l’irritabilité que la tristesse.  Les autres symptômes typiques sont le ralentissement de l’activité motrice, du cours de la pensée, l’anergie associée à une hypersomnie.
 
La présence d’un des trois critères suivants associés à cette liste de manifestations cliniques (p76) est fortement suggestive d’une bipolarité juvénile
 
  • Histoire familiale de bipolarité;
  • Virage thymique avec des antidépresseurs;
  • Aggravation ou virage avec des stimulants.
    AVERTISSEMENT aux parents qui consultent pour leur enfant un pédopsychiatre :
     
    Prenez garde!  Ne soignez pas étonnés et munissez-vous d’une bonne base de données empiriques descriptives justes pour obtenir une évaluation clinique rigoureuse permettant de porter un diagnostic de cyclothymie ou bipolarité juvénile.  L’utilisation d’un outil comme le graphique d’enregistrement des mouvements et des oscillations des niveaux d’énergie, d’activité et humeur (agenda EAH). P 137 est un excellent moyen de transmettre au médecin la marche de son état d’humeur au cours du temps.  Il y a aussi l’importance d’apporter les observations faites par les enseignants à l’école, l’historique du développement de l’enfant depuis la petite enfance, son mode d’entrer en relation avec les autres et l’histoire familiale (« 70% des enfants BP ont un cas BP dans la famille; plus le trouble est précoce, plus c’est génétique ou au moins familial ») P.142
     
     La reconnaissance de la bipolarité chez les jeunes est malheureusement encore presqu’inexistante en psychiatrie. Cela est dû aux « croyances » des pseudo-experts encarcanés dans leurs dogmes de pseudo-science :
     
  • Le trouble bipolaire n’existe pas chez l’adolescent, encore moins chez l’enfant.
  • L’enfant peut souffrir d’anxiété, de déficit d’attention, de trouble oppositionnel, de trouble obsessionnel mais il est trop jeune pour souffrir de bipolarité : dichotomie absurde entre le cognitif, le volontaire et l’affectif.
  • Les réactions affectives de l’enfant relèvent de la mauvaise volonté de l’enfant ou de l’incapacité des parents à l’éduquer.
  • Au même titre que l’on nomme la réalité clinique de la cyclothymie « Trouble de la Personnalité Limite » chez l’adulte, on baptise l’enfant cyclothymique de « Trouble Oppositionnel », l’adolescent cyclothymique « de la personnalité limite en devenir »; le trouble de l’humeur est ainsi perçu comme un trouble de la volonté corrigible par des mesures disciplinaires et des thérapies qui ne risquent que de l’aggraver.
 
Vous risquez de vivre les frustrations suivantes à la suite de la consultation avec le médecin psychiatre fermée à l'idée de reconnaître la maladie bipolaire juvénile :
  • - Des parents jamais ou rarement reçus
  • - Des parents qui font le forcing pour être écoutés
  • - Des parents qui n’obtiennent pas de diagnostic précis
  • - Des parents qui sont d’emblée mis en cause avant d’examiner l’enfant